• Politique, Société 28/02/2009

    Samedi 28 février, 15 heures, sortie du métro à Pigalle. Une soixantaine de personnes s’est rassemblée à l’appel du collectif des déboulonneurs. L’objectif du jour : le barbouillage de trois grandes affiches publicitaires. Ce sera la 34ème opération de ce genre dans la capitale.

    Il est difficile de distinguer les membres du collectif des sympathisants ou des curieux. On me dit que le collectif n’a pas de statut, qu’il ne s’agit pas d’une association. Chacun peut donc s’en réclamer.

    Nicolas Hervé et Arthur Lutz, qui ont représenté les déboulonneurs auprès du ministère de l’environnement mardi dernier, sont tous deux présents. Arthur Lutz m’accorde un bref entretien avant le début de la manifestation (cliquer sur le bouton vert pour écouter) :

    Nicolas Hervé, membre du collectif

    Nicolas Hervé, membre du collectif

    Tour à tour, plusieurs déboulonneurs s’adressent à la foule par l’intermédiaire d’un porte-voix. Ils expliquent en quelques mots la suite des opérations : des affichages publicitaires vont être tagués à la peinture. Il s’agit d’une action non violente, « l’objectif est de faire naitre un débat sur la place de la publicité dans l’espace public ». Déjà, on remarque plusieurs cars de police, et des policiers qui se préparent à intervenir.

    Les barbouilleurs militent pour une réduction de la taille des panneaux. Ils plaident pour un format 50 x 70 cm, identique à celui des affichages associatifs en ville. « Nous barbouillerons et transgresserons la loi tant que nous n’obtiendrons pas satisfaction de cette revendication », ajoute le speaker.

    Le mégaphone est passé à un homme qui lit l’article d’un philosophe publié dans le journal La Croix. Le texte traite du possible refus aux sollicitations de la société de consommation. C’est long et le ton lent, posé, solennel de l’orateur me rappelle celui d’un prêtre donnant son sermon du dimanche. On entend : « il ne s’agit pas de résister à la tentation mais de ne pas y être soumis (…) on dira que cette vie d’abstention est ennuyeuse… » La scène devient cocasse, car entre « abstention » et abstinence, il n’y a qu’un pas, et nous sommes, à Pigalle, tout entourés d’enseignes de sex-shops et d’autres peep-show. Les passants l’observent d’un air amusé, croyant un pourfendeur de l’industrie du sexe.

    Puis Nicolas Hervé ouvre la marche, et le cortège se déplace rapidement vers les affichages publicitaires, 200 mètres plus loin. Ils entonnent une version revisitée de la Marseillaise : « …Dans nos villes et dans nos campagnes, surgissent ces féroces panneaux, etc. »

    Cinq membres du collectif sortent leur bombe de peinture et taguent trois grands panneaux déroulants, inscrivant, entre autres : « vitrine du mensonge », « violence économique », « légitime réponse », « 50 x 70 ».

    Une fois les tags terminés, les policiers se rapprochent. Les barbouilleurs lèvent les mains vers le ciel, l’un d’eux tenant sa carte d’identité. Les policiers les fouillent, puis les font monter dans le fourgon.

    Quelques membres sont restés de l’autre côté de la rue. Ils répètent à la foule les objectifs de leur action, et rappellent que les barbouillages se déroulent toujours sans violence, à visage découvert.

    L’ambiance est détendue, les policiers connaissent bien les déboulonneurs et le déroulement de leurs actions. Les membres du collectif ne sont pas inquiets: généralement, les tagueurs sont relâchés très vite, sans être poursuivis en justice.

    Un déboulonneur d’Amiens m’explique que là-bas, c’est différent. La condamnation de deux tagueurs à 600 euros d’amende ferme, et des méthodes policières moins douces (« 17 heures de garde à vue », précise-t-il) ont coupé court aux actions de barbouillage. Aucune manifestation n’a eu lieu à Amiens depuis 2007. Dommage, car ce qu’il se passe cet après-midi m’apparaît comme un signe de bonne santé de notre société.

    Mise à jour lundi 2 mars 2009

    Pour la première fois à Paris en 34 actions, les barbouilleurs interpelés ont été placés en garde à vue. Selon le site web des Déboulonneurs, les 21 heures (!) qu’ils ont passées au poste, seraient dues à leur refus de répondre à certaines questions des policiers.

    « C’est malheureusement un classique, mais à chaque passage au commissariat suite à une action de barbouillage, nous nous voyons demander notre salaire, le nom de notre employeur, notre numéro de sécurité sociale, le nom de notre compagne/compagnon… Bref de très nombreux renseignements visant à remplir le fichier STIC mais parfaitement inutiles aux policiers ou au procureur qui doit décider des suites à donner à l’affaire », lit-on sur le site du collectif.

    Le refus de répondre aurait provoqué « la colère d’un gradé », menant à la garde à vue.

    On apprend aussi sur le site, que les barbouilleurs seraient passés très près d’une seconde garde à vue, pour avoir refusé un prélèvement d’ADN.

    Rendez-vous compte du professionalisme de ces policiers. Au moindre tag constaté dans la capitale, ils auraient probablement aussitôt analysé l’ADN récupéré alentour… et l’aurait comparé à celui de nos six déboulonneurs !

    Le site http://refusadn.free.fr présente - et dénonce - d’autres hypothèses, plus plausibles, pour expliquer ces prélèvement d’ADN intempestifs.

    Espérons que cette mésaventure ne découragera pas les déboulonneurs parisiens.

    Posté par Fabulatio à 22h55

  • 5 commentaires

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    • Pierre a écrit (

      C’est marrant, mais moi, j’aurais tendance a etre bien plus “mechant” en terme d’anti-pub. Vraiment pas sur la meme longueur d’onde, et pourtant, je suis persuade qu’ils ont plus raison que moi, car attaquer la pub de facon violente serait sans doute une facon de la faire passer pour martyr et de conduire a toute une batterie de textes legislatifs destines a la proteger… Dommage, car saboter les panneaux, peindre a tout va et autres actions pas forcement a visage decouvert me seduirait assez…

      Cela dit, la resistance doit aussi se faire par nos petits gestes quotidiens : interdire la pub dans la boite aux lettres, ne pas avoir de tele pour ne pas s’en farcir sur l’ecran, refuser d’acheter les marques qui affichent clairement leur nom (ils sont tres fort pour nous faire payer cher des articles et qu’en plus, on leur sert de support publicitaire ambulant, donc finalement, on paye pour leur faire de la pub !) ou bien enlever tout sigle, logo ou autre, depuis la voiture jusqu’a la paire de chaussettes… Ce ne sont pas les idees qui manquent, et c’est sans doute dans cette voie qu’il faut s’orienter. A quand les lunt=ettes speciales qui permettent, comme un decodeur, de brouiller sur son chemin tout ce qui a trait a la pub ? On peut rever…

    • Robert Johnson a écrit (

      @Pierre: disons que leur démarche est d’agir au grand jour, devant un public, des journalistes et bien sur la police. Donc ils ne peuvent pas se permettre d’être trop violent.
      Il existe d’autre groupe, comme à Rouen par exemple, qui sont bien plus “méchants”, cf -> http://www.youtube.com/watch?v=ofmS7ctR7rI ^^

    • Robert Johnson a écrit (

      “A quand les lunettes speciales qui permettent, comme un decodeur, de brouiller sur son chemin tout ce qui a trait a la pub ? On peut rever..”

      Encore mieux: retourner le paradigme en supprimant toutes les pubs des lieux publics. Ceux qui veulent quand même en voir porterai des lunettes spéciales qui *rajouteraient* des affiches dans leur champs de vision !

    • Olivier a écrit (

      Hello,

      Ah, moi ça me donne une autre idée : si l’on estime que les pubs sont des “parasites” visuels autant qu’intellectuels, alors plutôt que de les tagger, c’est-à-dire rajouter une couche de parasitage tout autant visuel (et intellectuel ?), il vaut mieux livrer ces surfaces aux artistes, et les repeindre avec de belles images, de beaux dessins, figuratifs, abstraits, décoratifs, …
      Un art éphémère pour emporter l’adhésion du public plutôt que réitérer une basse action de vandalisme.
      Du point de vue de la problématique, is’agirait encore toutefois de l’appropriation d’une surface “privée” dans l’espace public.
      A bon entendeur, préparez vos pinceaux !

    • Fabulatio a écrit (

      Olivier : L’idée de confier les affichages publics aux artistes me plaît bien. Ou alors, aussi, aux citoyens ? Pourquoi ne pas utiliser un système de vote en ligne, permettant aux citadins d’élire le contenu qu’ils désirent voir afficher dans leur rue, dans leur quartier, pendant une durée donnée ?

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