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  • Cinéma 10/08/2008

    En fouillant dans mes vieilleries, je retrouve ce texte écrit à la fin des années 90, au sujet des épisodes 4, 5, 6 de Star Wars. Il s’agissait d’une tentative d’interprétation psychanalytique de éléments de la trilogie. L’article (et l’auteur) se prenaient sans doute un peu trop au sérieux ! Certains éléments que j’avançais ont par ailleurs été invalidés par les épisodes 1, 2 et 3, réalisés ultérieurement.

    Des copies d’écran des films ont été ajoutées pour tenter de briser la monotonie du texte.

    La trilogie Star Wars, rediffusée au cinéma en 1998, puis commercialisée dans un coffret DVD il y a quelques mois, continue d’avoir du succès. Les investissements colossaux consacrés au retoilettage des bobines ont été largement rentabilisés. Pourtant, certaines scènes ont indéniablement vieilli -on songera au survol de l’Étoile Noire par les engins de l’Alliance-, et les trucages de l’époque, bien que rehaussés par des images de synthèse, supportent mal la comparaison avec les productions récentes. L’engouement pour ces trois films persiste néanmoins, et dépasse l’argument que l’on entend ici ou là, selon lequel la Guerre des Étoiles nous rappellerait notre jeunesse, notre passé, bref l’époque à laquelle le film est sorti en salle, c’est à dire en 1979.


    Pour certains, le chef d’oeuvre de Georges Lucas bénéficierait de l’effet « Les enfants de la télé », c’est à dire qu’il jouerait de la surprise provoquée par le brusque retour à notre conscience du souvenir de telle ou telle scène que nous avions oubliée. Cet argument, tel qu’il est formulé, me paraît un peu maigre pour expliquer le plaisir que, moi même, j’ai ressenti lors de la redécouverte des trois épisodes. Mais l’idée de l’intrusion dans la conscience du spectateur d’un contenu capable de le mobiliser tout entier pendant plusieurs heures me paraît intéressante. Car manifestement, la trilogie recense une multitude d’« épisodes » qui, du point de vue psychologique, méritent d’être étudiés.

    Nous verrons que tous ces épisodes (je les appelle ainsi car il s’agit d’éléments de l’histoire, de fragments du récit) content un processus de maturation, ou d’« individuation », comme l’on préfère, bref qu’ils illustrent le passage de l’enfance à l’âge adulte du héros, auquel nous nous identifions automatiquement, tant est frappante la ressemblance entre les épreuves qu’il traverse et celle que le spectateur affronte, ou a affronté.

    Épisode 4 : Une aventure psychologique

    Le héros s’appelle Luke Skywalker, et son nom présage déjà l’avenir qui lui est réservé ; il le condamne par avance à rejoindre les cieux, à prendre de la hauteur par rapport à son existence actuelle. Il devra, dans un premier temps, quitter ses tuteurs, auprès desquels il mène une existence paisible mais sans surprise. En décidant de quitter sa petite planète pour combattre les Forces de l’Empire, il relèvera un défi plus ambitieux encore : celui de devenir un homme.

    C’est l’arrivée sur la planète d’un droïde contenant des informations capitales pour la rébellion qui va faire basculer sa vie. Le message délivré par le robot, sous la forme d’un hologramme, apparaît comme une vision, une illusion fugitive, qui laisse entrevoir à Luke un monde d’aventures et de défis, et aussi, son destin. La mort des tuteurs constitue l’événement déclencheur du départ, mais le spectateur a déjà compris que si Luke quitte le monde de son enfance, c’est pour se réaliser.


    Dès la rencontre avec Kénobi, le sage qui prend Luke sous sa protection, le processus d’individuation est lancé : Un jour, Luke deviendra Maître Jedi (stade ultime de l’élévation), comme son père l’a été, et comme l’est Kénobi, qui se substitue ainsi à ce dernier. Luke, à la manière de l’enfant empruntant le chemin qui doit le conduire au statut d’adulte, commence un apprentissage qui s’annonce long et semé d’embûches. La méthode est la suivante : Pour devenir Maître Jedi, Luke doit cultiver, puis maîtriser, « la Force qui est en lui ». La Force est quelque chose de caché, d’invisible, mais dont le pouvoir est immense. Maîtriser la Force permet de déplacer des objets, c’est à dire, en extrapolant à peine, de déplacer des montagnes.


    On pense donc dans un premier temps que la religion a quelque chose à voir là dedans, et le terme « religion » sera d’ailleurs employé par Darth Vader lui-même, au sujet de la Force, dans l’épisode 5. En outre, Luke, à travers ses voyages, apparaîtra comme le porteur de la bonne parole contre l’Empire et le mal. Enfin, le paysage de sa planète d’origine n’est pas sans rappeler l’image habituelle que l’on a de la Galilée.

    Mais on s’aperçoit rapidement que c’est moins à Dieu et à la foi que la Force fait référence qu’à l’inconscient et à lui seul, psychanalytiquement parlant. La Force, cachée, doit apparaître à l’initié, c’est à dire déboucher dans sa conscience ; puis elle doit être contrôlée. Le parcours du futur Jedi commence donc comme celui de tout individu se lançant dans une quête psychologique: il doit faire surgir dans le domaine de sa conscience des matériaux qui, justement, n’y figuraient pas. Il s’agit là de contenus inconscients qui peuvent être de deux types. Soit ce sont des éléments qui ont été refoulés (c’est à dire placés hors de la conscience, pour certaines raisons) par l’individu dans son passé, et notamment (voir Freud, Dolto, etc…) lors de sa petite enfance. Soit ce sont des matériaux qui n’ont jamais flirté avec la surface du conscient, pour la bonne raison qu’ils reposent dans les profondeurs de l’inconscient depuis la naissance de l’individu ; ils appartiennent alors à son inconscient par défaut, ou, en d’autres termes, ils appartiennent à l’inconscient collectif (voir Jung).

    Le thème de la Guerre des Étoiles, nous allons le voir, est la mise en rapport du père et du fils. Celle-ci, à l’image de ce qui vient d’être dit, fait d’une part référence au complexe d’Oedipe dans sa forme évolutive, qui se construit peu à peu du fait de la vie rapprochée des parents et de l’enfant ; d’autre part elle fait référence à des contenus de l’inconscient collectif (nous serions tentés de dire : de l’âme collective), dans la mesure où elle évoque des traits universels de cette même relation, ainsi que le rapport de l’homme à l’autorité (Luke face à l’empereur).

    Quoi qu’il en soit, les matériaux inconscients doivent être libérés, et ainsi émerger dans la conscience de l’individu. Mais leur présence nouvelle dans le champ du conscient doit être contrôlée, sous peine de dommages graves. Il s’agit de la “chute du côté obscur” ; nous en reparlerons lorsque nous traiterons le cinquième volet (« L’Empire Contre Attaque »).

    Intéressons-nous au processus de « conscientisation », c’est à dire d’irruption dans la conscience des matériaux enfouis. Provoquer cette irruption n’est pas chose aisée, et l’on voit que Luke n’est pas au bout de ses peines : Jeune, fougueux, il n’est guère préoccupé par un travail sur lui-même, et ne songe qu’à une chose : se battre. Bref, il obéit à ses pulsions, regroupées par Freud dans le terme « ça » (deuxième topique freudienne). La tâche de Luke qui consiste à dépasser son « ça », c’est à dire vaincre ses pulsions archaïques, pour ensuite accéder à la conscience (ou pour parler plus correctement, accéder aux contenus inconscients et les amener dans le champ de la conscience), semble donc déjà vouée à l’échec.

    D’autant plus que son meilleur ami ne lui donne guère l’exemple : Yan Solo, le contrebandier de l’espace, est la condensation de nombreuses composantes du « ça » : égoïste, narcissique, Solo ne pense qu’à son intérêt personnel (d’ailleurs, son nom même, « Solo », fait référence au repli sur soi et donc à l’égocentrisme). De plus, il obéit aux lois exclusives de l’argent, qui représente, de l’avis des psychanalystes, la pulsions libidinales au sens le plus primaire. La présence de Solo incarne ainsi, dans l’épisode 4, le dilemme entre le processus d’élévation et la renonciation à celui-ci. Par la suite (épisodes 5 et 6), c’est un autre conflit qui apparaîtra, cristallisé cette fois non plus sur Solo mais sur Darth Vader.


    Le processus d’élévation en Maître Jedi se retrouve suspendu pendant le combat physique que mène Luke contre l’Empire. Cette bataille, longue, se termine en une victoire de la Rébellion ; mais on sent bien que celle-ci est seulement passagère, puisque le noyau dur du Mal, l’incarnation du « complexe » au sens freudien du terme, disparaît mais menace de revenir plus tard (Darth Vader s’enfuit au dernier moment dans sa navette). Moralité : céderà ses pulsions procure certes du plaisir, mais celui-ci est superficiel, il est du domaine de l’apparence. La Vérité est ailleurs, et Luke s’en rendra compte dans le deuxième épisode…


    La suite de ce texte est publiée dans l’article suivant.

    Posté par Fabulatio à 22h46

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